Nous quittons la Mer Noire pour remonter le Danube jusquà
Braïla. À plusieurs reprises nous sommes obligés
de stopper les moteurs de nos machines à cause du brouillard.
Cest un peu comme si nous traversions des pans de nuages.
Pour notre arrivée à Braïla, plusieurs vedettes
de la Marine Roumaine viennent nous escorter. Il y a vraiment pour
nous accueillir dans ce port de la Mer Noire un déploiement
digne dun cortège officiel.
Une foule incroyable nous ovationne sur les
quais. Des milliers de personnes nous crient leur joie, leur bonheur
et leur espérance. Des banderoles sagitent... Parmi
les ministres roumains et les autorités de la ville, la télévision
suit les moindres mouvements du bateau.
Dans un vaste espace aménagé en amphithéâtre,
nous assistons à un spectacle de chants et de danses réunissant
les communautés juives, hongroises et russes de Braïla.
Une grande réception est donnée en notre honneur.
Partout autour de nous samoncellent des paniers croulant sous
le poids des fruits et des bouteilles de vin.
Le lendemain, la pièce de Catalina Buzoianu est jouée
par le théâtre Bulandra devant quinze mille personnes.
Cest la consécration pour cette artiste. Sur le port,
derrière une sorte décran transparent, on aperçoit
la carcasse du Constanta que la magie dun dernier soir hante
comme un décor .
Puis, dans la nuit, un feu dartifice
illumine le ciel dune pluie détincelles violettes
et de zébrures où lon peut lire tracé
en lettres de feu Odyssée.
Les officiers se sont levés à quatre heures du matin
pour venir nous saluer et nous dire adieu avant que leur bateau
ne retourne dans son port dattache de Constanza.